reporter0.gif (3776 octets) Concours académique Semaine de la Presse 2004


Envoyez votre billet d'humeur !

Dossier d'accompagnement

 

 

Le billet d'humeur, le genre journalistique qui secoue !

Le billet d'humeur, c'est l'électron libre des genres journalistiques ! Il se place résolument du côté du commentaire, et même dans son aspect le plus subjectif.

Le billet d'humeur, c'est avant tout le regard très personnel, décalé et critique d'un journaliste sur un fait d'actualité. Contrairement à l'éditorial, où celui qui écrit marque traditionnellement la position de "l'éditeur", du propriétaire du journal (plutôt du directeur de la publication en France) et, en général, de la rédaction, le billet d'humeur n'engage que son auteur (1). Celui qui en a la charge doit donc bénéficier de la confiance de la rédaction et de la direction ou, à défaut, au moins d'un prestige suffisant pour pouvoir se situer "au dessus de la mêlée". En cas de dérapage, l'auteur risque évidemment sa tête (métaphoriquement parlant bien sûr, du moins en France...).

Le billet d'humeur ne s'interdit rien, y compris la mauvaise foi. C'est donc le genre trangressif par excellence, le seul à ne pas toujours respecter - par obligation de genre - les règles qui s'imposent à tous les autres genres journalistiques : recoupement des informations, impartialité dans l'analyse des faits (2), modération des propos, langue soutenue... (3)

Le billet d'humeur, c'est aussi le lieu de l'indignation, du coup de gueule et de la mauvaise humeur. C'est une prise de parole individuelle qui sort le journal d'un certain conformisme, d'une routine, qui est souvent la contrepartie du travail d'équipe. On dit là ce que "tout le monde" pense, mais que peut-être la rédaction aurait du mal à écrire... Rien d'étonnant donc, par exemple, que le billet d'André Frossard, qu'il a tenu dans Le Figaro de 1963 à 1995, s'intitulât Cavalier seul.

Le billet d'humeur, c'est donc aussi (surtout) un auteur qui impose sa marque et son style. A cet égard, les billets de Pierre Marcelle dans Libération et de Pierre Georges dans Le Monde (bien que les deux auteurs aient des raisons de ne pas souhaiter qu'on les rapproche...) ont quelques points communs : ils établissent notamment un lien fort avec leurs lecteurs en utilisant un langage volontiers familier mais truffé de références ; ils savent l'un et l'autre se saisir d'une anecdote de la vie quotidienne, d'une brève du bout du monde, de la collision improbable de deux événements pour arracher leur lecteur à la routine, le secouer et le contraindre à jeter un regard neuf sur ce qui semblait si naturel (4) ; ils ont le sens de la formule qu'on prend en pleine figure, mais aussi de la pirouette, du clin d'oeil qui fera sourire... L'humour - grinçant -, l'ironie sont des composantes importantes du billet d'humeur, et tant pis si ça rape et ça gratte ! A cet égard, les billets d'Hervé Le Tellier (dans la lettre des abonnés du Monde) sont des modèles du genre : en ne lui accordant qu'une place réduite, l'éditeur l'a contraint à une forme de haïku. Il lui faut en deux phrases énoncer et dénoncer. Et si possible surprendre. Au fait, ces billets portent un titre : papier de verre !

Le billettiste est donc en général un journaliste accompli et qui sait écrire (!), un homme qui possède du crédit et de la maturité.

Le billet d'humeur, c'est aussi une place stratégique dans le journal : dans Le Monde, il y a le dessin de Plantu en une et le billet de Pierre Georges (qui est d'ailleurs, depuis octobre 2003, celui d'Eric Fottorino) en der ! Le billet est exposé, mis en valeur. C'est un "produit d'appel", une "tête de gondole" (5). Mais pour le lecteur, pour l'habitué, le billet, c'est un rendez-vous. Un rendez-vous urgent et souvent passionné non pas avec le journal, mais avec une sorte d'alter ego dont il espère partager l'humeur. Le billettiste doit donc se montrer chaque jour à la hauteur de l'attente et faire avec brio son numéro de trapéziste : «Ah ! il est fort ! » devrait conclure le lecteur ravi.

Pierre Méra

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(1) D'un point de vue rédactionnel seulement. Pour la justice, tout ce qui s'écrit dans le journal engage également la responsabilité pénale du directeur de la publication... !

(2) Loin de moi l'idée d'oser écrire que les "billettistes" sont malhonnêtes ! Il s'agit ici de cette attitude qui consiste à peser soigneusement les arguments des différentes parties à un débat. Le billettiste affirme un point de vue : le sien. Dût-il être partial !

(3) Naturellement, le billettiste, pas plus qu'un autre journaliste ne peut s'exonérer des limites posées par la loi : injure et diffamation ont, en général, disparu des billets et éditoriaux de la presse d'aujourd'hui.

(4) Dans L'exception et la règle, Brecht définit, en quelque sorte, l'attitude du parfait billettiste.

(5) Les billettistes vont adorer... :-)